PLEINS FEUX SUR LE MÉTIER D'AÉROPOINTEUR

S’il en est un métier peu connu au Québec, c’est bien celui d’aéropointeur. Souvent éclipsé par les flamboyants avions-citernes, l’aéropointeur joue pourtant un rôle déterminant dans le combat des incendies de forêt.

Si l’avion-citerne ne part jamais sans lui, ce n’est pas sans raison!

À la fois analyste, contrôleur aérien et gardien de la sécurité des opérations de combat air-sol, ce spécialiste en comportement d’incendies de forêt appelé « aéropointeur » dirige les opérations de combat, du haut des airs.

Souvent le premier arrivé sur les lieux, il doit sécuriser l’espace aérien qui entoure l’incendie et gérer tous les déplacements d’aéronefs. En même temps, il survole le brasier afin d’analyser son potentiel et de repérer ce qui pourrait servir de coupe-feu ainsi que les valeurs à protéger. Alors, il planifie la stratégie d’intervention des avions-citernes.

La première analyse effectuée par l’aéropointeur constitue une étape cruciale. Selon l’heure de la journée, le comportement du feu, le peuplement environnant, l’indice de sécheresse en profondeur, la topographie, les conditions météorologiques présentes et à venir, l’aéropointeur sera en mesure d’établir une juste évaluation de l’élément  destructeur et de transmettre des informations essentielles au Centre régional de lutte, son quartier général. La première analyse qu’il effectue servira de base à l’organisation de la force terrestre qui sera dépêchée pour affronter l’ennemi.

À l’arrivée des avions-citernes, l’aéropointeur aura identifié les cibles à atteindre. Tout ça en quelques minutes qui s’avéreront cruciales. Il mesurera ensuite l’effet des largages sur le brasier. Son évaluation déterminera donc la durée de la mission des avions-citernes.

L’efficacité de l’aéropointeur 

L’efficacité de l’aéropointeur réside, en partie, dans sa capacité à tourner en rond! Paradoxal, n’est-ce pas? C’est que l’aéropointeur prend place à bord d’un bimoteur qui le mène rapidement au-dessus de l’incendie. Tout au long de la mission, qui peut durer jusqu’à 6 heures, l’appareil tourne autour du brasier, ce qui demande beaucoup d’endurance et un cœur ne souffrant pas du mal de l’air.

Au-dessus de la mêlée, l’aéropointeur joue un rôle stratégique en coordonnant tout le bal aérien. C’est l’aéropointeur qui détourne les aéronefs de l’espace aérien de l’incendie et qui autorise l’arrivée des appareils destinés à la lutte. Il doit également s’assurer que chaque pilote respecte l’altitude et la trajectoire établies pour éviter tout risque de collision entre appareils. Il est, en quelque sorte, une tour de contrôle volante. Il peut coordonner le travail de deux, quatre, six et parfois même jusqu’à une dizaine d’appareils sur un même incendie.

On comprend dès lors l’importance des communications radio pour l’aéropointeur et les membres des équipes de combat. L’échange d’information-clé, selon les points de vue terrestre et aérien, est un gage de succès.

Pour contrer les forces de la nature, alors qu’un incendie de forêt se déchaîne, il faut savoir mettre à profit autant les forces aériennes que terrestres. Le tout dans une perspective d’efficacité, de complémentarité et de sécurité opérationnelle. En ces quelques lignes se résument le savoir-faire et les défis que doit relever l’aéropointeur, chaque fois qu’un incendie de forêt nécessitant l’intervention d’avion-citerne est signalé.

Aéropointeur : une profession pour laquelle il y a peu d’élus

N’entre pas qui veut au sein de cette profession. Si cette fonction en était à ses balbutiements au début des années 70, la SOPFEU compte maintenant une douzaine d’aéropointeurs aguerris. Leur parcours est varié, mais le cheminement privilégié est d’avoir œuvré comme pompier forestier. La formation en foresterie est aussi bien importante. Outre l’aspect académique et l’expérience pratique, c’est le style de vie qu’impose la profession qui requiert le véritable feu sacré.

L’aéropointeur est appelé à effectuer de longues heures de travail. Partir en mission, c’est un billet « aller », sans garantie de retour le soir venu... ni même la semaine suivante! Un aéropointeur peut habiter à Maniwaki, travailler près de Val-d’Or dans la journée, dormir à Roberval, puis repartir le lendemain pour la Côte-Nord. Selon la situation des incendies dans la province, ses services seront requis là où les avions-citernes seront dépêchés.

À quoi carbure l’aéropointeur lorsqu’il n’y a pas de feu?

Quand on veut la paix, on prépare la guerre... Il refait ses munitions, surveille constamment le potentiel de l’ennemi éventuel, évalue ses stratégies, peaufine son savoir-faire et amène ses collaborateurs (les pilotes et les patrouilleurs de détection) à faire de même. L’aéropointeur sait qu’une guerre, même celle contre le feu, n’est jamais gagnée d’avance!

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